"Les
études de Carl Gustav Jung et Charles Kerényi réunies dans ce livre
apportent de nombreux matériaux nouveaux ou peu connus, qui contribuent
à une meilleure connaissance de la pensée mythologique, ce mode
d'expression commun à toute l'humanité."
Un remède à la pensée bornée et dogmatique, fût-elle convaincue d'apporter la lumière dans les ténèbres, ou surtout quand elle l'est!
Son étude des dieux et déesses grecs enfants est un coup de théâtre. Les pôles opposés, naissance et mort, virginité et grossesse, vulnérabilité et toute puissance, appartiennent aux figures de la mythologie ensemble, unis en une seule, qui est idée davantage que personnage concret..
Mon étonnement est que Kerényi ait pu comprendre à ce point les mythologies, sans être, ou devenir, un de ceux qui y "croient".
articles publiés ces dernières années, projets, journal personnel, chapitres, projets
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dimanche 30 septembre 2018
jeudi 6 septembre 2018
Olympe pathétique
La classe médiatique, bien payée pour ce qu'elle vaut, ne se sent plus, mais ses limites se voient de plus en plus. Il s'agit de gens bac+3 en général, donc frottés de culture faible et floue, et qui ont l'imagination courte. Ils croient comme les anciens Grecs, mais sans avoir leur charme, que des dieux siègent sur l'Olympe parce que c'est haut. Ils ont donc appelé le président élu Jupiter! Comme ces anciens, ils prêtent constamment aux responsables élus par nous des intentions surhumaines, ils "déifient" par crainte et dépit des éléments seulement légaux de nos institutions. Tout, selon eux, procède de la psychologie de dieux craints et haïs, leur "théorie du complot" consiste à sans cesse inventer des motifs scélérats à des mesures techniques qu'ils ne savent expliquer.
Leurs pythies sont des comportementalistes bas de gamme, qui étudient les gestes des idoles détestées et les interprètent arbitrairement: plutôt que d'étudier les vraies raisons: droit européen, état des financements internationaux et des taux d'intérêt, utiles quand un pays vit à crédit, ils épient les froncements de sourcil et les gestes des doigts, jusqu'à la nausée.
La vérité est que nous en général sommes responsables de tout ce qui semble voulu et causé par une malignité: nous voulons le standing, le prestige, un niveau de vie maintenu, sinon en hausse, mais dans nos représentations, nous voulons aussi le contraire, l'égalité, l'absence de nocivité de nos manigances industrielles génératrices d'un confort cher payé dans un avenir proche. Autant dire que cet aveuglement sur nous mêmes en tant que vraies causes entraîne la quête vouée à l'échec de causes imaginaires, ex. Celui que nous avons accepté est responsable de tout ce que nous refusons...
Un film passé hier sur la partition entre Pakistan et Inde montre que par souci de sécurité et notamment des approvisionnements en pétrole, Churchill a sciemment encouragé la création d'un Etat musulman qui bloquerait aux soviétiques l'accès à ces ressources: Est-ce alors Churchill le coupable, ou ce monde occidental addict au pétrole, par souci de confort et de facilité, mobilité automobile, chauffage, etc? Serait-ce cynique de l'admettre, ou simplement honnête? La lucidité semble l'entrée dans un changement souhaitable, et l'aveuglement, sa remise à plus tard ou jamais.
Leurs pythies sont des comportementalistes bas de gamme, qui étudient les gestes des idoles détestées et les interprètent arbitrairement: plutôt que d'étudier les vraies raisons: droit européen, état des financements internationaux et des taux d'intérêt, utiles quand un pays vit à crédit, ils épient les froncements de sourcil et les gestes des doigts, jusqu'à la nausée.
La vérité est que nous en général sommes responsables de tout ce qui semble voulu et causé par une malignité: nous voulons le standing, le prestige, un niveau de vie maintenu, sinon en hausse, mais dans nos représentations, nous voulons aussi le contraire, l'égalité, l'absence de nocivité de nos manigances industrielles génératrices d'un confort cher payé dans un avenir proche. Autant dire que cet aveuglement sur nous mêmes en tant que vraies causes entraîne la quête vouée à l'échec de causes imaginaires, ex. Celui que nous avons accepté est responsable de tout ce que nous refusons...
Un film passé hier sur la partition entre Pakistan et Inde montre que par souci de sécurité et notamment des approvisionnements en pétrole, Churchill a sciemment encouragé la création d'un Etat musulman qui bloquerait aux soviétiques l'accès à ces ressources: Est-ce alors Churchill le coupable, ou ce monde occidental addict au pétrole, par souci de confort et de facilité, mobilité automobile, chauffage, etc? Serait-ce cynique de l'admettre, ou simplement honnête? La lucidité semble l'entrée dans un changement souhaitable, et l'aveuglement, sa remise à plus tard ou jamais.
jeudi 12 juillet 2018
fondamentaux de l'architecture, ébauche, brouillon
fondamentaux
de l'archi
Calfeutrer
ou calfater, la "nef", rendue étanche par du goudronnage
etc, puis la nef est la nef des cathédrales, étanche à la pluie,
donc schème de la protection du dedans, en effet l'archi institue un
dedans. L'existence même d'ouvertures, portes et fenêtres a sa
raison d'être dans un dedans d'où il est possible de voir, sortir,
laisser entrer.
Tendre,
faire tenir debout, le Gestell. La tente est en tension, tient par
les mâts et des cordes, des tendeurs. Les jets d'eau ( cf
Schopenhauer) tiennent en l'air pour autant qu'il y ait une
différence de pression. La pression les fait jaillir en hauteur, à
la verticale.
edifier,
bâtir par des procédés qui compensent la pesanteur, la bloquent
dans ses effets de chute des corps. Mortiers, pour empêcher la chute
des composants, pierres, briques. equilibre obtenu en bloquant dans
la pose de matériaux par superposition. Le monolithe évite cela.
La
verticalité, pas seulement « 3d » comme si les deux
autres étaient de plain pied, ni comme si 3 était toujours
vertical, symbolique riche du vertical, en opposition au sphérique
indifférencié de l'utérin
L'art
et l'espace, Heidegger, brochure : l'espace espace, espacement,
champ libre, être au monde ici et là, affaire et place de l'homme,
avec ça l'art découvre sans perdre le couvert, il produit un monde
auquel on est, sans perdre son retrait ni son ouverture.
Chora : un espace englobant, pas le topos qui est où je suis,
mon corps.
Les
œuvres de l'homme le dépassent en étendue et en permanence, ont
l'échelle des générations et non d'une seule, des populations et
non des individus, mais l'échelle reste humaine.
L'archaïque
en tant que position du principe initial et définitif, envoie vers
une reprise des fondamentaux de toute architecture.
Il
s'agit d'abriter sans enfermer, de stabiliser sans fixer, d'espacer
sans séparer : l'architecture contient les humains et les
protège comme par un analogue de la vie utérine, mais elle
instaure deux conditions supplémentaires, la verticalité et la
mobilité ou circulation.
Je
chercherai à préciser ces deux points, la verticalité qui implique
un art de bâtir, un choix des matériaux, une prise en compte de la
pesanteur et des climats, et la circulation, qui implique une
politique ou une éthique des entrées et sorties, un assemblage
délicat du privé et du public.
mardi 19 juin 2018
expulsions
expulser, sa charge émotive, expulser est répulsion!
On s'en souvient peut être: la vie qui commence par une expulsion, à tout jamais, et avec quelle violence
Rilke sait-il avec son "plus vaste cercle" que ce cercle veut dire, ce tout petit cercle intérieur à la mère, le paradis perdu dont on nous a expulsés si brutalement (un vaste cercle, puisqu'il est assez vaste pour nous laisser passer...)
Adam et Eve expulsés et condamnés à mourir, à travailler, à souffrir, c'est "exister"
Rilke croit qu'à la mort, on rejoindra le plus vaste cercle qui entoure la bulle de cette existence, mais la bulle est perdue à jamais, et quand on fait tourner les tables, ce qu'il a fait, les morts restent muets
On s'en souvient peut être: la vie qui commence par une expulsion, à tout jamais, et avec quelle violence
Rilke sait-il avec son "plus vaste cercle" que ce cercle veut dire, ce tout petit cercle intérieur à la mère, le paradis perdu dont on nous a expulsés si brutalement (un vaste cercle, puisqu'il est assez vaste pour nous laisser passer...)
Adam et Eve expulsés et condamnés à mourir, à travailler, à souffrir, c'est "exister"
Rilke croit qu'à la mort, on rejoindra le plus vaste cercle qui entoure la bulle de cette existence, mais la bulle est perdue à jamais, et quand on fait tourner les tables, ce qu'il a fait, les morts restent muets
dimanche 17 juin 2018
dimanche 15 avril 2018
Michelet dares to challenge the light of the sun
Here the great French essayist and author Jules Michelet dares to challenge the light of the sun ( from the book La montagne)
It is not necessary to arrive by those rare summer days which deceive on all countries, which bind everything, give to all a uniform smile. The brilliant phantasmagoria of the accidents of the light would enliven even the tombs. The sun is a big liar: photography proves that..
It will give the same good figure to the coldest valley, the poorest of Savoy, to the hot folds of Valais, which are already an Italy
vendredi 16 février 2018
Migrations fatales
Migrations climatiques
Mon jardin a changé, il s'est
désertifié.
En quelques années, environ quinze
ans, ses habitants, qui semblaient plus permanents que nous mêmes
(des générations qui se sont succédé peut-être depuis Jeanne
d'Arc) se sont raréfiés, puis, ont disparu.
Des nids d'hirondelles sont encore
attachés aux poutres de l'entrée, et sous un auvent :
nombreux, poussiéreux, faits d'une boue durcie par les siècles. Ils
étaient habités par un peuple agité, bavard, renouvelé
chaque année par une nichée qui pullulait sous la voûte. Quand le
soir tombait, ils piquaient sur l'herbe du jardin, en rase mottes,
pour gober au passage des insectes qui formaient un nuage impalpable.
Mais ces insectes ont disparu entre
temps. Si les hirondelles revenaient habiter la maison, elles
seraient privées de cette pitance jadis abondante, réduites à
aller prospecter ailleurs, ce qu'elles ont bien dû faire. Leur
migration vers chez nous et retour a fait place à l'absence, au
silence.
Un temps, les buissons étaient comme
un tourbillon, bruissant, étincelant au soleil. Un lierre épais
couvre l'escalier de la cave et des abeilles d'une couleur pâle,
comme blanches, y butinent, ainsi que sur un romarin exubérant. Un
été de canicule, ces insectes ont laissé leur place à des
insectes plus gros et d'une couleur orangée bien suspecte, comme si
c'étaient des envahisseurs venus de loin. Leur nid se trouvait dans
des cavités du mur extérieur, et ce n'était pas une ruche. Depuis
lors, les abeilles blanches se font rares, et de même les gros
bourdons noirs qui peuplaient les roses trémières semblent comme
absents, errant en petit nombre sur des fleurs devenues plus
rachitiques, naines.
Les insectes sont décimés par les
insecticides empoisonnés, non par une vague de chaleur, selon l'aveu
même de notre voisin apiculteur, qui perd la moitié de ses ruches.
Il s'est jadis empoisonné lui-même en aspergeant des plantations,
comme bien d'autres qui en sont revenus, mais le mal est fait.
Ces espaces dégagés par le génocide
de la faune minuscule ne se libèrent pas pour de nouvelles
migrations, faute d'offrir à de nouveaux arrivants assez d'aliments.
De même, les mers privées des ressources en poissons et autres
faunes aquatiques ne se remplissent que de déchets inertes et
asphyxiants, comme ce continent de soupe plastique qui a envahi le
Pacifique sur une surface égale à l'Europe.
Par contre, les populations humaines
croissent et se multiplient comme jamais, entraînant ces dégâts
par leur demande de consommation sans cesse amplifiée. Un pillage
des animaux qu'on croyait éternels et bien plus anciens que l'homme
vient nourrir ces milliards d'appétits voraces, et si un équilibre
finit par se rétablir, ce sera parce que tous ces hommes auront
gaspillé ce capital millénaire et se retrouveront démunis, gagnés
par une famine à l'échelle des destructions qu'ils auront causées
pour faire durer peu de générations, et sans lendemain. La perte de
l'homme ouvrirait alors la porte à un repeuplement généralisé,
qui n'accepterait de nouveaux hommes que si leurs mœurs diffèrent
des nôtres.
Cet appétit vorace et le nombre de
ceux qui l'éprouvent ont mis à sac des ressources pérennes, ce qui
n'arrivait pas lorsque les goinfres, comme le Trimalcion du festin
raconté par Pétrone, étaient une « élite » rare, une
poignée de débauchés par ailleurs controversés pour leur hybris.
Que ces mœurs effrénées gagnent la planète, qu'on fasse de « la
croissance » des ressources exploitables une norme universelle,
et c'en est fini de la pérennité de notre propre espèce. Le
scénario d'une disparition des hommes est étrange, déjà visible
dans des cas spéciaux : on a observé dans la zone désertée
autour de Tchernobyl la réapparition d'une jungle, toutes les
espèces sauvages anciennes semblent revenues du Moyen âge pour
repeupler les espaces libérés par force par les populations
ukrainiennes. Souffrant de malformations génétiques, elles
pullulent tout de même, elles succèdent aux hommes sur des terres
dévastées.
Merci au défunt Agefi Bliss d'avoir publié ces élucubrations mélancoliques
dimanche 4 février 2018
le paysage est bizarre
Dessiner des paysages: Un empilement vertical! Des couches collées
l'une au-dessus de l'autre, mais qui ne
collent pas ensemble, le gazeux du ciel, le linéaire de l'horizon qui cahote et bascule, et
là-dessous, du foncé, du clair, des taches d'eau, un changement d'échelle à
mesure qu'on descend.
Hegel a eu ce mot brutal au sujet d'un paysage de montagne, avec des glaciers: "c'est comme ça", alors qu'avec le portrait, la nature morte, ou le sujet historique, l'idée de dire "c'est comme ça" ne lui serait pas venue, puisque dans tous ces cas, l'homme y est pour quelque chose. Mais les cieux, les reliefs, les accidents du sol, sont là sans qu’on les aie voulus.
Le paysage se fout de nous, il est là, et on en est comme dévastés. Le fait d'être tout bêtement éclate davantage que dans les cas où être est notre propre fait
Le ciel qui occupe la partie haute du papier ou de l'écran, voilà ce qui nous échappe le plus, au point d'avoir conçu des dieux qui siègeraient là-haut. Le ciel, partout, ajoute une note d'étrangeté à des paysages à notre échelle, urbanisés, cultivés, qui sentent l'homme et de ce fait, semblent à nous. Le couvercle changeant des cieux vient menacer les surfaces familières, leur rendre leur précarité, comme cela apparaît en pleine lumière lorsque ces cieux se déchaînent et arrachent tout: vents, pluies diluviennes, foudre, ces phénomènes "naturels" qui ont été tenus avant tous les autres pour un signe des colères des dieux. Superstition, mais au moins on admet dans ces croyances que quelque chose n'est pas nous ni de nous, au point que c'est ce "nous-mêmes" qui nous apparaît enfin avec sa propre étrangeté
Le sentiment qui consonne avec ce paysage souvent tumultueux, jamais longuement paisible, ce n'est pas "le sublime", beauté dérangeante, trop grande pour nous, c'est l'effroi. Il commence avec le choc initial, "voir le jour", venir au monde... même si nul ne s'en souvient. La force de cette expérience ne se voit pas en direct comme remémoration, mais dans des allégories qui en restituent la violence, et en font un déchirement davantage qu'un dévoilement. Ainsi, les dieux successifs des civilisations orientales condamnent et exécutent le monde douillet de la vie utérine en faisant brusquement la lumière, ils créent d'un coup le soleil qui vient tout illuminer, qui fait sortir le monde à la fois de sa pénombre et de son calme protecteur.
On parle des paysages de rêve, on ferait mieux de tenir compte aussi, parfois, d'un élément plus dérangeant: les paysages sont des cauchemars!
Hegel a eu ce mot brutal au sujet d'un paysage de montagne, avec des glaciers: "c'est comme ça", alors qu'avec le portrait, la nature morte, ou le sujet historique, l'idée de dire "c'est comme ça" ne lui serait pas venue, puisque dans tous ces cas, l'homme y est pour quelque chose. Mais les cieux, les reliefs, les accidents du sol, sont là sans qu’on les aie voulus.
Le paysage se fout de nous, il est là, et on en est comme dévastés. Le fait d'être tout bêtement éclate davantage que dans les cas où être est notre propre fait
Le ciel qui occupe la partie haute du papier ou de l'écran, voilà ce qui nous échappe le plus, au point d'avoir conçu des dieux qui siègeraient là-haut. Le ciel, partout, ajoute une note d'étrangeté à des paysages à notre échelle, urbanisés, cultivés, qui sentent l'homme et de ce fait, semblent à nous. Le couvercle changeant des cieux vient menacer les surfaces familières, leur rendre leur précarité, comme cela apparaît en pleine lumière lorsque ces cieux se déchaînent et arrachent tout: vents, pluies diluviennes, foudre, ces phénomènes "naturels" qui ont été tenus avant tous les autres pour un signe des colères des dieux. Superstition, mais au moins on admet dans ces croyances que quelque chose n'est pas nous ni de nous, au point que c'est ce "nous-mêmes" qui nous apparaît enfin avec sa propre étrangeté
Le sentiment qui consonne avec ce paysage souvent tumultueux, jamais longuement paisible, ce n'est pas "le sublime", beauté dérangeante, trop grande pour nous, c'est l'effroi. Il commence avec le choc initial, "voir le jour", venir au monde... même si nul ne s'en souvient. La force de cette expérience ne se voit pas en direct comme remémoration, mais dans des allégories qui en restituent la violence, et en font un déchirement davantage qu'un dévoilement. Ainsi, les dieux successifs des civilisations orientales condamnent et exécutent le monde douillet de la vie utérine en faisant brusquement la lumière, ils créent d'un coup le soleil qui vient tout illuminer, qui fait sortir le monde à la fois de sa pénombre et de son calme protecteur.
On parle des paysages de rêve, on ferait mieux de tenir compte aussi, parfois, d'un élément plus dérangeant: les paysages sont des cauchemars!
vendredi 2 février 2018
Le masochisme mal compris de Nietzsche
Nietzsche, le seul philosophe lu sans
la contrainte de l'école ! Juste pour le plaisir, d'où une
liberté avec ses livres, lus comme des recueils de vérités à
citer, des leçons de vie.
Exemple, le fameux « ce qui ne me tue pas, me rend plus fort », une manière de résilience, d'appel à tenir bon. Mais il y a danger de s'égarer si on le lit au pied de la lettre. Dans cette célèbre formule, je vois autre chose, un appel à aller au devant des épreuves douloureuses, aux mises à l'épreuve, ce qui correspond chez lui, Nietzsche, à l'idéal du « bourreau de soi-même », qui en redemande en matière de punitions. Dans sa seconde Intempestive, il termine l'avant propos sur un « qu'on me corrige publiquement », en effet il ne publie ces propos risqués contre la mode historienne, dit-il, que pour le douteux plaisir de se faire éreinter, en en public, de même que son héros permanent, Jésus de Nazareth, revient à Jérusalem pour subir les épreuves du fouet, de la couronne d'épines et de la crucifixion, et cela délibérément (il réprimande Simon Pierre qui cherche à l'en dissuader), afin d'accomplir un destin sacrificiel qui « rachète les péchés des hommes ». Quel plaisir peut-il y avoir à se faire éreinter, d'autant plus qu'il l'a été après sa Naissance de la tragédie... Mais le provoquer de son plein gré est une manière d'affirmation, sinon l'affirmation par excellence, celle où le destin se retourne en volonté, en "surpassement". La limite du possible, ne rien pouvoir contre le "cela a été", recule d'autant, par le sortilège du masochisme.
Exemple, le fameux « ce qui ne me tue pas, me rend plus fort », une manière de résilience, d'appel à tenir bon. Mais il y a danger de s'égarer si on le lit au pied de la lettre. Dans cette célèbre formule, je vois autre chose, un appel à aller au devant des épreuves douloureuses, aux mises à l'épreuve, ce qui correspond chez lui, Nietzsche, à l'idéal du « bourreau de soi-même », qui en redemande en matière de punitions. Dans sa seconde Intempestive, il termine l'avant propos sur un « qu'on me corrige publiquement », en effet il ne publie ces propos risqués contre la mode historienne, dit-il, que pour le douteux plaisir de se faire éreinter, en en public, de même que son héros permanent, Jésus de Nazareth, revient à Jérusalem pour subir les épreuves du fouet, de la couronne d'épines et de la crucifixion, et cela délibérément (il réprimande Simon Pierre qui cherche à l'en dissuader), afin d'accomplir un destin sacrificiel qui « rachète les péchés des hommes ». Quel plaisir peut-il y avoir à se faire éreinter, d'autant plus qu'il l'a été après sa Naissance de la tragédie... Mais le provoquer de son plein gré est une manière d'affirmation, sinon l'affirmation par excellence, celle où le destin se retourne en volonté, en "surpassement". La limite du possible, ne rien pouvoir contre le "cela a été", recule d'autant, par le sortilège du masochisme.
Sur un plan existentiel, même démarche, Nietzsche est l'homme qui affronte gratuitement des épreuves par bravade, ainsi de cette marche tête nue sous la pluie, pendant sa scolarité, par discipline poussée jusqu'à la caricature, où il contracte une pneumonie, ou cette autre fantaisie autodestructrice où il continue
à chevaucher alors qu'il a pris un coup violent du pommeau de sa
selle dans le plexus, causant une infection due aux esquilles d'os, et qu'il refuse de faire soigner. Sa biographie (Kurt Paul Janz) montre la source et la
puissance de ses tendances masochistes, d'où procède son éloge
constant de la cruauté (généalogie de la morale).
Il se renforce donc des dangers mortels qu'il affronte par goût, il les cherche! Le secret de son énigmatique volonté de puissance résiderait-il dans des attitudes à double sens, pleines d'équivoque et de duplicité, qui sont propre à l'homme Nietzsche, au personnage vivant, souffreteux, écorché vif, bien loin des images d'épinal du surhomme invincible?
samedi 20 janvier 2018
Polissonneries
Les polissons, hier, aujourd'hui, et
demain
Dostoïevski consacre un chapitre de
ses Démons à décrire les actes d'un groupe occulte, « les
nôtres », qu'il appelle aussi (en traduction) « les
polissons ».
Ces actes, dont on apprend ensuite
qu'ils ont été programmés et mis en scène par leur leader
Verkhovenski, et constituent une entreprise révolutionnaire,
consistent en un sabotage d'allure comique, même si c'est un comique
grinçant, de la fête culturelle donnée par la femme du gouverneur.
Tout tourne mal dans cette fête, depuis le début, jusqu'à une
confusion grandissante, pratiquement une émeute, tant le « public »
est la véritable cible de l'action menée: le peuple doit
contribuer, sans comprendre qu'il est manipulé, à déstabiliser le
pouvoir.
Le mépris du peuple fait partie de la
stratégie. Puisque son rôle lui est dévolu sans qu'il le sache, il
ne sert que de masse de manœuvre dans l'entreprise de sape par
l'absurde menée par les polissons.
Ridiculiser tue, le prestige du
gouverneur est pris par le défaut de la cuirasse: la sottise
irresponsable de sa femme, libérale, acquise aux « idées
avancées », amie des arts et des lettres sans distance
critique, victime de sa candeur idéaliste.
Les polissons encerclent le pouvoir
local, celui du gouverneur de la province, en l'infiltrant.
Verkhovenski fait partie du comité organisateur, il a acquis la
confiance de la femme du gouverneur, il a tout pouvoir sur le
déroulement de la fête. Il est donc dans une position double,
un double jeu, à cheval sur les deux mondes, celui qu'il veut
détruire, et celui qui émerge, le camp des révolutionnaires. Plus
exactement, il entreprend de détruire un monde qu'il a su infiltrer,
il en est, mais il le hait.
La fable de l'auteur vaut pour la
Russie pré-révolutionnaire, elle a aussi une portée posthume et
vaut pour notre époque, où ceux qui agissent encore en vue de « la
révolution » manipulent les « masses » dans le
cadre de la démocratie, s'insèrent dans l'élite au pouvoir et la
phagocytent du dedans. C'est le fameux « entrisme » des
trotzkystes, jamais abandonné même lorsqu'ils se disent
« socialistes », « la gauche » etc. Ils
entrent dans des institutions qui ne résistent pas à leur intrusion,
et qui implosent dans de brefs délais. Les exemples ne manquent pas tout
près de nous, le PS, le PC, l'assemblée nationale où ils font les
« polissons » et tournent en dérision le débat des
députés élus. Ils géreraient bientôt les prisons pour retourner
le personnel et embrigader les détenus, cette « masse
pré-révolutionnaire » qui servirait de bélier lancé contre
la république laïque, dont ils ont aussi retourné le nom. Leur
ancêtre le faisait depuis sa forteresse Pierre et Paul, le fameux
Netchaiev, qui a inspiré les bolcheviks à une génération de
distance.
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